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Nouvelles victoires trumpistes et révoltes sociales en Amérique latine

La vague néoréactionnaire globale continue de frapper l’Amérique latine, entre ingérences exacerbées de Trump, avancées limitées des progressismes, délégitimation profonde de leurs cousins autoritaires, corruption et clientélisme des élites et sensibilité croissante du prolétariat informel aux sirènes des tronçonneuses ultralibérales. 

Depuis 2025, Trump a déporté des migrant·es latino·as en masse ; conditionné une « aide » de 20 milliards de dollars à l’Argentine au vote pro-Milei aux législatives ; gracié un narco-président pour mieux défaire une présidence de gauche au Honduras ; et enlevé l’autocrate Maduro au Venezuela pour charger sa n° 2, Delcy Rodríguez, d’un protectorat voué à passer sous giron US des concessions pétrolières et minières d’alliés chinois, russes et autres, et affichant un assouplissement autoritaire aisément réversible.
Humilié en Iran, Trump insiste d’autant plus pour « prendre Cuba » et lui imposer un « partenariat » similaire. Soumettant l’île à un blocus quasi total, la privant de pétrole vénézuélien et n’autorisant qu’au compte-gouttes l’aide humanitaire mexicaine, russe ou US (!), il s’agit d’acter symboliquement l’échec définitif du « socialisme d’État » et de forcer le parti-État à ouvrir au capital de Miami les affaires les plus juteuses sous son contrôle (tourisme, santé, construction, importations multiples). L’Assemblée nationale cubaine vient d’adopter une série de lois en ce sens. 


Après l’Argentine, la Bolivie et le Chili, le Pérou, qui a connu huit présidents en dix ans et une pléthore de scandales de corruption, s’attend à une alternance à droite. Keiko Fujimori, fille de l’ex-président (1990-2000) condamné en 2024 pour corruption et crimes contre l’humanité, devance Roberto Sánchez dans le décompte des voix. Face à ce dauphin de Pedro Castillo, ex-instituteur rural incarcéré après avoir prétendu dissoudre le Congrès (notoirement corrompu), la favorite de l’establishment, elle-même forte d’un an de prison, présente des accents populistes et autoritaires, et revendique tant l’héritage de son père que le « modèle » Milei. Très divisé, le pays peut s’embraser à tout moment, comme lors de la violente crise sociale et institutionnelle de 2020.
En Bolivie, des protestations massives réclament depuis des semaines le départ du président Rodrigo Paz, qui a mis fin en octobre à quasi vingt ans de pouvoir du Mouvement vers le Socialisme (MAS) : sous le charismatique Evo Morales – qui avait nationalisé les hydrocarbures en 2006 et mené à terme un processus constituant –, puis de son ex-dauphin Luis Arce, devenu adversaire après la destitution d’« Evo » en 2019. Sur fond de récession inédite depuis des décennies (20 % d’inflation, déficit à 12 % du PIB, pénuries d’essence et de diesel largement importés), les « recettes » d’austérité de Paz (dont la hausse du prix de l’essence) ont provoqué le blocage du pays. Le mouvement, agglutinant paysans et indigènes, cultivateurs de coca, féministes, étudiant·es et la puissante Centrale ouvrière de Bolivie (COB), a persisté malgré la dérogation d’une loi menaçant les petites exploitations agricoles. Il est accusé par l’exécutif et l’ambassade US d’être pro-Evo ; nombre de protestataires avaient pourtant voté pour le « capitalisme pour tous·tes » anti-MAS. Ayant négocié avec la COB son retrait, Paz a instauré l’état d’exception. 

 
En Colombie, l’outsider d’ultradroite Abelardo De la Espriella vient de mettre fin au seul exécutif de gauche de l’histoire du pays – faite d’alternances entre conservateurs et libéraux sur fond de conflit armé quasi ininterrompu ; Iván Cepeda et surtout son mentor Gustavo Petro ont retiré leurs accusations de fraude. Si le goût du président ex-guérillero pour la radicalité de façade – qui lui a valu un retrait de visa US – n’a pas aidé son dauphin dans une société foncièrement classiste, il trahit les limites de son mandat. Petro a augmenté le salaire minimum, amélioré la sécurité sociale et fait pencher le Congrès plus à gauche, mais sa « paix totale » a échoué, de par la violence persistante tant des narco-para-militaires que des narco-guérillas des dissidences des FARC et de l’ELN (qui opère autant au Venezuela). Promettant du sang et des larmes au mouvement populaire, De la Espriella a été l’avocat du businessman Alex Saab, récemment ré-extradé aux US par Caracas après avoir compté parmi les plus fidèles soutiens de Maduro.

Publié par L’APRÈS le 25 juin 2026
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