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Elections en Suède : la résistible ascension de l’extrême droite.

Bonnes nouvelles de Stockholm ! Dimanche dernier, les électeur.ices suédois.es ont dit stop à la coalition de la droite et de l’extrême droite qui gouvernait le pays depuis quatre ans. À l’issue du dépouillement des derniers bulletins, la gauche dispose d’une courte majorité de trois sièges (176 contre 173 pour la droite et l'extrême droite) au Riksdag, la chambre unique du parlement suédois. Magdalena Andersson, la leader du Parti social-démocrate (SAP) devrait pouvoir former un gouvernement qui tourne la page de l'extrême droite au pouvoir.
Depuis les élections législatives précédentes de 2022, la Suède traversait l’expérience inédite d’une alliance au pouvoir entre la droite conservatrice et le parti d’extrême droite des Démocrates de Suède (SD). Cette formation dont les racines plongent dans la mouvance néo-nazie, enregistrait une progression continue depuis vingt ans. Elle a connu le 13 septembre son premier recul électoral en ne recueillant que 17,2 %, contre 20 % il y a quatre ans.

En 2022, les sociaux-démocrates alors au pouvoir avaient été battus par une progression spectaculaire de l'extrême droite. Avec un discours nativiste, xénophobe, violemment anti-immigration et ultrasécuritaire, SD avait réussi à imposer ses thèmes dans le débat et à dépasser dans les urnes les « Modérés », le principal parti de la droite conservatrice suédoise. La droite (Modérés, Chrétiens-Démocrates et Libéraux) avait alors rompu un « cordon sanitaire » historique en conluant un accord de coalition parlementaire avec l’extrême-droite. En apportant son soutien sans participation au gouvernement d’Urs Kristersson, le leader des Modérés, SD réussissait à imposer pour quatre ans son agenda anti-immigration et répressif, la droite adoptant la « bataille culturelle » pour les « valeurs suédoises » de l’extrême droite.

C’est cette alliance des droites que les électeur.ices. ont sanctionné à l’issue d’une campagne où les Démocrates de Suède n’ont cette fois pas réussi à imposer leur agenda politique. La majorité sortante a bien cherché à mettre en avant son bilan en matière de sécurité et de politique anti-immigration mais elle n'a pas pu empêcher que les débats portent sur les priorités sociales de la population : la montée des inégalités, les problèmes du logement (de plus en plus cher dans toutes les grandes villes), de l'éducation et de la santé, celui du pouvoir d’achat.
Le gouvernement sortant paie finalent son mauvais bilan économique. Les recettes néolibérales et la politique de l’offre, comme ailleurs en Europe, n’ont produit que des effets récessifs. La croissance suédoise est atone, le chômage reste élevé et la hausse des prix rogne la consommation des ménages qui voient les services publics continuer de se dégrader en même temps que les inégalités se creusent. Les excès de la politique répressive – notamment les expulsions d’enfants de nationalité étrangère nés en Suède – et les projets de nouvelles atteintes à l’État de droit (des restrictions de la liberté d’association) ont choqué jusque dans les rangs de la droite libérale.
Avec 49,6 % des suffrages exprimés et 40.000 voix d’avance seulement (sur 6,7 millions), la victoire de la gauche suédoise est cependant très loin d’un raz-de-marée. Les abstentionnistes, peu nombreux en 2022 et 2026 offraient peu de réserves potentielles aux deux camps. Une fraction de l’électorat de la droite traditionnelle a manifestement glissé vers la gauche, par rejet de ll’entrée au gouvernement de ministres SD, promise si la coalition au pouvoir était reconduite.

La victoire est néanmoins en demi-teinte pour les sociaux-démocrates. Le parti qui a dominé la vie politique suédoise et forgé le « modèle suédois » avant de se convertir au néolibéralisme dans les années 1980, a obtenu dimanche dernier son plus mauvais résultat électoral depuis des décennies avec 28 % des voix (30% en 2022). Le sociaux-démocrates perdent 8 sièges. Leurs 99 député.es seront moins nombreux demain dans la majorité qu’hier dans l’opposition. Le recul du SAP s'explique par les progrès des forces situés à la gauche de la social-démocratie. Le Parti de gauche (V,gauche radicale) et le Parti de l’Environnement -Les Verts (MP) ont fait campagne en avançant des mesures économiques fortes, une taxe Zucman en particulier, et sur le terrain de la lutte contre le changement climatique. Les deux partis gagnent des voix et des sièges (8,4%, + 1,7 point, + 6 sièges pour V et6,1%, +1,1 point et + 4 sièges pour MP). Ils ont réussi à mobiliser parmi les électeurs les plus jeunes, les classes moyennes urbaines les plus diplômées, et les groupes les plus engagés dans la lutte contre l'extrême-droite ou la solidarité avec la Palestine. V et MP ont aussi gagné des soutiens chez les Suédois.es les plus exposé.es aux mesures discrimnatoires et xénophobes de la coalition au pouvoir alors que le SAP refuse l’annulation en bloc des mesures anti-immigration du gouvernement, calquant sa ligne sur les sociaux-démocrates danois. Après le au Danemark en mars, la droitisation de la gauche social-démocrate et le reniement de ses valeurs ne paie plus dans les urnes en Europe du Nord.

A court terme, la victoire électorale de la gauche suédoise n’annonce pas de vastes changements. La constitution d’un gouvernement par Magdalena Andersson s'annonce compliquée. Le SAP affaibli doit compter avec le Parti de gauche qui revendique sa participation au gouvernement pour garantir des mesures de rupture. Mais la coalition ne peut pas se passer du Parti du centre, une formation sociale-libérale indispensable pour un gouvernement majoritaire.

Malgré ces incertitudes, la défaite de l’extrême droite suédoise et la possibilité d’une gouvernement d’union de la gauche avec des composantes radicales renforcées devraient fournir des motifs de réflexion à l'ensemble des gauches européennes. Et Stockholm n'est pas si loin de Paris.


Publié par L’APRÈS le 19 sept. 2026
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