La mobilisation de la jeunesse dure depuis plus de six semaines, d’abord plus de 200 lycées bloqués, puis près de 80% des universités, une première manifestation syndicale le 29 septembre, puis deux fois presque 1 million de manifestants dans la rue les 17 et 24 octobre.
Le gouvernement a d’abord répondu par une répression hors norme et disproportionnée : gaz lacrymogène, près de 13 000 interpellations, gardes à vue et comparutions immédiates. Cette stratégie a eu des conséquences humaines et un coût financier désastreux : des milliers de blessés côté manifestants comme du côté des forces de l’ordre, et près d’1 Md€ de dégâts.
Mais ni cette stratégie, ni les interdictions de manifestations, les tentatives couvre feux et de suspension des transports publics n’auront pas eu raison de la mobilisation. Face à sa massification le 24 octobre, après le fiasco du maintien de l’ordre public du 17, le gouvernement a été contraint d’esquisser un début de réponse politique.
Examinons ces timides réponses.
Concernant l’université, il promet une « évolution forte » de Parcoursup dès 2027, avec plus de transparence sur les critères de sélection, avant un remplacement complet en 2028 par un nouveau système et l’indexation sur l’inflation des bourses étudiantes. Et l’ouverture de 15 000 nouvelles places majoritairement en BTS.
Pour le lycée, un plafonnement à 28 lycéens par classe de seconde, en priorité dans les établissements les plus défavorisés dès la rentrée prochaine avant une généralisation en 2028 et 500 postes supplémentaires dans le budget 2027 pour le second degré, et un plan d’investissement de cinq milliards d’euros sur plusieurs années pour rénover et adapter aux canicules les lycées et universités jugés prioritaires.
Sur la vie chère, il promet une baisse du prix des carburants par la mobilisation des stocks stratégiques et demande à EDF de ne pas augmenter ses tarifs.
Commençons par dire que la mobilisation paye. Le gouvernement, au moins en parole, commence à lâcher sur deux totems du macronisme, l’abrogation de Parcoursup et sa promesse de baisse des prix du carburant, réouvre le débat le blocage des prix.
Évidemment, à ce stade, ce sont des vagues promesses largement en deçà des besoins.
À l’université, il y a 110 000 bacheliers qui n’ont aucune proposition qui leur convienne, 40 000 titulaires d’une licence qui n’ont pas de place en master. Depuis 2017, le nombre d’étudiants inscrits dans le privé lucratif a doublé, passant d’environ 200 000 à 400 000, profitant de la création de Parcoursup et des aides à l’apprentissage.
Selon le mouvement lycéen et étudiant, il manque 250 000 places et au minimum 7 000 enseignants-chercheurs. Cette pénurie a été organisée depuis la LRU avec 5 000 maîtres de conférences (MCF) en moins dans nos universités depuis 2009.
Sur Parcoursup, je viens de redéposer une proposition de loi déjà publiée en 2023 qui offre une vraie alternative à Parcoursup. Elle propose de refonder le service public d’orientation en redonnant des moyens à l’ONISEP et aux CIO, en recrutant des psychologues de l’éducation nationale et en formant mieux les enseignants. Elle remplace Parcoursup par une plateforme dédiée aux seules formations publiques, qui assure à chaque étudiant une place dans la licence de son choix, dans l’université rattachée à l’académie de son lycée. Elle prévoit un recrutement massif d’enseignants-chercheurs, 2 000 dès 2028 et 7 000 de plus à l’horizon 2032, pour accueillir tous les étudiants qui souhaitent poursuivre leurs études et améliorer le taux d’encadrement et donc la réussite en licence.
Sur le lycée, 500 enseignants recrutés, c’est très largement insuffisant, il faut à minima un plan de recrutement de 10 000 enseignants en quatre ans. Enfin, le plan pour le bâti n’est en réalité qu’un prêt que pourront solliciter les collectivités territoriales, et reste largement sous-dimensionné
Même constat sur la vie chère, le compte n’y est pas. Deux mesures d’urgence s’imposent : d’une part, le blocage des prix de l’énergie, du logement et des produits de première nécessité et, d’autre part, l’indexation de tous les revenus sur l’inflation. En 2026, Total devrait verser près de 13 Md€ à ses actionnaires en dividendes et rachats d’actions. Le blocage des prix ne fait donc que limiter, un peu, les bénéfices exorbitants des profiteurs de crise.
Surtout, le gouvernement n’a pas de majorité, même pour faire passer ses timides mesures. Lors de l’examen du PLF et du PLFSS, la majorité des députés du bloc central ont voté systématiquement avec le RN contre toutes les maigres recettes supplémentaires proposées par leur propre gouvernement : réduction des allègements généraux, contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises, taxe soda, contribution des groupes pharmaceutiques… Préférant protéger les intérêts de quelques-uns plutôt que d’assurer une redistribution des richesses.
Pour imposer de vrais moyens pour l’éducation et l’université, le blocage des prix et la hausse des salaires, il faut donc entamer un bras de fer avec le patronat, ce qui passe par une grève massive. C’est la seule solution pour faire céder les députés macronistes et du RN qui sont encore plus à la solde du grand capital que le gouvernement !
Les jeunes ont montré la voie. Les organisations syndicales (CFDT, CGT, FO, Solidaires, Unsa, Solidaires) appelle à la grève du 5 novembre. Elles ont raison. La généralisation de la grève est la seule voie possible pour stopper le démantèlement de nos services publics et lutter contre la vie chère ! D’ici là, nous devons être les plus nombreux possible dans la rue ce 31 octobre.