Plateaux télé et studios de radio sont climatisés, pas étonnant que la souffrance au boulot quand il fait chaud, n’y remonte pas. On y parle des plongeons joyeux dans le canal St-Martin, du ressenti à 50° en Ariège des forçats du Tour de France, des risques de feu généralisés, on y parle aussi abstraitement du GIEC, mais sans s’intéresser vraiment à la sueur, aux malaises cardiaques, à la pénibilité au travail des 30 millions de salariés qui continuent à produire toutes les richesses.
« On ne va tout de même pas arrêter la France pour ça » s’écrie le ministre du travail JP Farandou. Bah si !
La France a été « arrêtée » pour le Covid qui tuait ! Il faut l’arrêter pour la canicule qui tue. Le festival Solidays et la Marche des Fiertés ont été annulés, il n’est pas plus acceptable de voir des salariés travailler par plus de 30 °C, 35 °C, 40 °C ! Et demain dans Paris à 50° ?
JP Farandou est un ministre fainéant dont on voit bien qu’il n’a rien à faire ni des accidents mortels du travail en France, ni des effets du climat. Il refuse toute loi contraignante, renvoyant tout au bon vouloir des patrons vis -à- vis de leurs subordonnés.
En extérieur, est-il normal qu’1,9 million d’ouvriers du bâtiment, maçon, couvreur, conducteurs d’engins, soient exposés à des efforts physiques intenses au risque de leur vie ? La seule chose que le gouvernement impose est « minimum 3 litres d'eau potable et fraîche par jour et par travailleur » (sic). Ça n’empêche pas hyperthermie, troubles neurologiques, cardiovasculaires, baisse de vigilance accidentogène, mort. Le travail traditionnel a lieu aux heures les plus chaudes de la journée, mais JP Farandou (comme les 6 ministres macroniens du travail qui l’ont précédé) refuse de légiférer comme si on ne savait pas qu’il le faut puisqu’un patron est guidé par son profit plutôt que par la santé. Il y a lutte de classes face au chaud.
Ça fait de longues années qu’on alerte ! Le minable décret du 27 mai 2025 ne fixe pas de seuils de températures. Les « repères » (30°C en intérieur ou 32°C à l'extérieur) recommandés par l'INRS (et – 14° par grand froid) ne sont pas contraignants. L’aménagement des conditions de travail dépend des niveaux de vigilance Météo-France (jaune, orange, rouge) et non des chiffres absolus de température constatés sur place. Le « droit de retrait » d’un salarié est aléatoire et risqué si le patron ne veut pas. L'inspection du travail peut prononcer une « mise en demeure » s’imposant au patron mais dans un délai d’au moins huit jours ce qui ne sert quasi à rien. Quant aux indépendants ou autoentrepreneurs, il ne tient qu’à eux de crever de chaud en pédalant pour servir les repas à domicile (100 000 livreurs, 150 colis en moyenne par jour) sans même avoir d’eau, droit lié au statut salarié.
En intérieur, 93% des surfaces dédiées à l'enseignement (écoles, universités) 75% des logements, 87% des Ephad publics ne sont pas climatisés en France. Par contre 64% des bureaux d'entreprises le sont, 2/3 de la consommation énergétique liée à la climatisation vient du secteur tertiaire privé. D'un côté cadres travaillant dans des bureaux rafraîchis. De l'autre, salariés en extérieur, mais aussi enseignants, soignants, roulants, enfants, personnes âgées, malades, fragiles, précaires subissent de plein fouet la chaleur et se débattent avec leurs ventilateurs et leur aluminium collé aux fenêtres pour trouver un peu de fraîcheur.
Devant l’urgence, au moins les écoles devraient être déclarées fermées lors d'épisodes caniculaires et les parents disposer d'un congé climatique automatique pour s'en occuper. La réquisition temporaire de bureaux climatisés avait même été avancée par Emmanuel Grégoire, alors candidat à la mairie de Paris, dans le rapport « Paris à 50 degrés ».
Mais avec Macron, Attal, Philippe, Lecornu, Farandou, Le Pen, on est loin de tout ça. Qu’attendre de la mentalité libérale de la droite et de l’extrême droite pour faire face à cette catastrophe climatique ?
Gérard Filoche