Nous avons appris avec soulagement la réélection du président Luiz Inácio da Silva, « Lula », du Parti des travailleurs (PT), à la tête d’une vaste coalition allant de la gauche radicale au centre droit, face au candidat d’extrême droite Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien président déchu et multi-condamné.
Le Brésil est ainsi l’un des rares pays d’Amérique latine à échapper à la vague d’extrême droite, et le seul avec le Mexique à conserver un gouvernement de gauche démocratique. C’est le premier camouflet d’ampleur infligé à Trump dans la région, après la victoire de ses candidats en Équateur, au Chili et en Colombie, et la mise sous tutelle du Venezuela. La candidature de Lula a été virulemment combattue par le président argentin Javier Milei, tandis que le géant étatsunien Meta a tenté de privilégier les contenus bolsonaristes sur ses supports (Instagram, Whatsapp, etc.). Le favori de Trump vient de prendre la fuite via Buenos Aires et Quito pour se réfugier à Miami et y échapper à la justice, tout comme son frère Eduardo.
Après un premier tour alarmant qui l’avait placé loin derrière son adversaire, Lula l’a emporté avec une avance de plus de 4 millions de voix. Un retournement inédit depuis la chute de la dictature en 1985, qu’il avait combattue en première ligne comme dirigeant syndical et politique. Contraint de se recentrer plus encore depuis 2022 que lors de ses deux premiers mandats (2002-2010), Lula a profité du mépris de classe du fils Bolsonaro pour se poser de nouveau en porte-parole de tous·tes les exploité·es.. Dans le débat d’entre-deux-tours, ce dernier s’est en effet moqué des fameux « neufs doigts » de l’ex-ouvrier métallurgiste, qui avait été accidenté lorsqu’il travaillait en usine.
Ce triomphe de la démocratie doit beaucoup à la nouvelle irruption politique de la « Gen Z », dont le travail de conviction sur le terrain et les réseaux a débouché sur une mobilisation massive dans l’entre-deux-tours, avec des manifestations d’ampleur inédite depuis les années 1980. Sur Whatsapp, la méga-chaîne « l’Armée de Lula », créée par un jeune député PT, a attiré près de 11 millions de participants. Des vidéos et des audios y expliquaient comment investir les réseaux pour déjouer les algorithmes : partager du contenu, mais aussi faire des recherches simultanées sur les scandales de corruption ; ignorer ou bloquer tout troll ou bot d’extrême droite ; et ne les contester qu’à partir de captures d’écran (et non pas de partages) de sorte à réduire leur visibilité.
Certes, la situation du Brésil reste difficile. Lula dispose de peu de marges de manœuvre sociale ou environnementale, il risque d’être amené à composer avec son vice-président Geraldo Alckmin et ses soutiens parlementaires à droite. De plus, les droites disposent d’une majorité à l’Assemblé nationale et au Sénat. Elles pourraient ainsi revenir sur la réduction récente de la semaine légale de travail de 44 à 40 heures, arrachée de haute lutte. Elles gardent aussi la main sur plusieurs gouvernorats, dont l’État de Rio de Janeiro, où elles mènent des politiques sécuritaires ultra-répressives contre les classes populaires et continuent d’harceler les militant·es de gauche.
Mais l’essentiel à nos yeux, c’est que cette victoire s’inscrit dans un élan global de résistance des peuples aux puissances impérialistes de l’arc réactionnaire et néofasciste, avec la jeunesse en première ligne : cette même jeunesse victorieuse en Serbie face aux alliés de Trump et Poutine, et qui bat le pavé de la France à l’Albanie en passant par la Belgique, l’Italie ou l’État espagnol.
Autant de mobilisations qui nous montrent la voie à suivre pour faire basculer les rapports de force aussi en France et déjouer les sombres pronostics de victoire de l’extrême droite en 2027.
GT "International"