On avait senti monter la mobilisation du 17 octobre mais sa réussite demeure surprenante. Cette fois, nous assistons à un mouvement social massif de la jeunesse, dont les revendications convergent avec celles d’autres secteurs mobilisés, contre la vie chère, pour les services publics, pour la défense des droits et libertés, pour un avenir digne, contre la répression et la violence policière. Aux lycéen·nes sont venu·es s’ajouter les étudiant·es, qui ont grossi le cortège le 17 et seront à nouveau dans la rue le 24 octobre.
Le mouvement ne connait pour l’heure ni reflux ni essoufflement malgré la méthode Coué gouvernementale et malgré les violences policières et judiciaires dont la jeunesse est la cible, meurtrie jusque dans sa chair. Le dispositif policier n’est pas parvenu à empêcher les manifestations face à la détermination des centaines de milliers de jeunes, de parents, de salarié·es mobilisé·es. Il a ensuite été submergé par les violences, incendies, dégradations et vols qui sont survenus dans plusieurs villes en fin de journée, comme si rien n’avait été anticipé par le gouvernement.
C’est le lourd bilan de 10 ans de macronisme, 10 ans de répression violente des mouvements sociaux, des Gilets jaunes à Sainte-Soline, 10 ans de brutalisation institutionnelle (qu’on pense au mouvement contre la réforme des retraites), 10 ans de politique austéritaire qui ont creusé les inégalités comme jamais, 10 ans de dégradation délibérée du système éducatif et de l’enseignement supérieur publics, produisant plus d’exclusion, de sélection, de tri social. La crise sociale est profonde, la crise politique est ouverte.La mobilisation de la jeunesse, joyeuse, inventive, déterminée et solidaire, est admirable. Elle nous rend fier·es. Fier·es, confiant·es dans leur force, inquiet·es cependant, face à l’exacerbation de la crise sociale, face à un gouvernement qui considère que la répression est la seule réponse politique à la mobilisation, face à une coalition des droites alignées sur l’agenda du RN.Le 24 octobre, des forces syndicales seront aux côtés des jeunes. Le 5 novembre, appelé par les organisations lycéennes, étudiantes et l’intersyndicale, porte une dynamique d’élargissement du mouvement. Les conditions sont réunies pour un rebond de la mobilisation à la rentrée, contre la vague réactionnaire et la peur suscitée par les violences émeutières. La gauche doit y contribuer de toutes ses forces, pour être à la hauteur du moment.
Ingrid Hayes