Par 215 voix contre 41, le Sénat a adopté mardi 24 février le projet de loi constitutionnelle qui porte création d’un État de la Nouvelle-Calédonie inscrit dans la Constitution française.
Le gouvernement sait que ce texte ne recueillera pas une majorité à l’Assemblée fin mars. Et en tout état de cause qu’une majorité qualifiée au Congrès est inaccessible.Pourquoi donc un tel entêtement ? Pourquoi tant d’irresponsabilité ?Entêtement à vouloir imposer l’accord de Bougival de juillet 2025, dénoncé par le FLNKS, et aussi l’accord Elysée-Oudinot signé le 19 janvier en l’absence du FLNKS.
Irresponsabilité de vouloir une nouvelle fois reporter les élections provinciales, dans l’espoir de parvenir avant leur tenue à un dégel du corps électoral, cette question éminemment inflammable.Irresponsabilité encore de renvoyer toutes les questions décisives liées à la loi constitutionnelle à une loi organique dont on ne sait rien, ce qui revient à « demander au constituant de se prononcer à l’aveugle ».Sébastien Lecornu s’accroche au fait que, lorsqu’il fut aux commandes en tant que ministre des outre-mer, il a eu raison. Raison de considérer que le 3ème référendum a confirmé que « les Calédoniens ont dit oui au maintien dans la France ».
Raison de soutenir la droite calédonienne réactionnaire, quitte à nier que celle-ci agite la menace d’une partition du territoire. Et déni du chantage quant à un soutien économique conditionné par l’adoption du projet institutionnel (ce qui est confirmé par le sénateur néo-calédonien Georges Naturel (LR) acteur des discussions).
Manuel Valls, lui aussi ministre des outre-mer, récemment écarté, recense précisément toutes les bévues du gouvernement. Pourquoi Sébastien Lecornu ne l’écoute-t-il pas ?Sans doute par déni de l’évidence : il n’y a pas d’accord possible, donc pas de solution, sans le FLNKS.
Or, le FLNKS a clairement argumenté que l’accord de Bougival est en rupture avec le processus de décolonisation de Nouméa-Matignon, et avec le droit international, en ce qu’il ne donne pas de garantie quant à la possibilité de l’accès à la pleine souveraineté.
D’où son refus de valider cet accord, ce sur quoi il est rejoint aujourd’hui par d’autres indépendantistes et océaniens, tandis que des non-indépendantistes modérés expliquent la nécessité de renouer un dialogue indispensable avec le FLNKS.Sébastien Lecornu confirme une politique qui, niant le fait colonial et ses conséquences, se montre irrespectueuse à l’égard du peuple kanak et bafoue ses droits légitimes.
Ce qui ne peut conduire qu’à une dangereuse impasse. La reconnaissance honnête du droit à l’indépendance de la Kanaky/Nouvelle-Calédonie est le préalable à une forme d’association avec la République française, qui offrirait à la Kanaky et aussi à la France une perspective commune juste car respectueuse des droits des peuples.
Solidarité avec le peuple kanak dans son combat pour l’indépendance et le respect de ses droits.