Visé par une polémique, le cinéaste israélien Nadav Lapid ne sera finalement pas présent au FID Marseille, le festival international de cinéma, qui se tient du 7 au 12 juillet. Selon la direction de l’événement, plusieurs réalisateurs qui devaient participer au FID, favorables au boycott culturel d’Israël, ont retiré leur film de la sélection pour protester contre la présence du cinéaste, et créé une vive tension autour du festival.
Le cinéaste israélien, auteur du film « Oui » (2025), violent réquisitoire contre la guerre d’anéantissement menée par l’état d’Israël contre Gaza et ses habitant.es, avait été initialement convié à participer au jury. Puis, devant les premières protestations contre sa présence, à animer une master class. Exilé pour raisons politiques en France depuis 2021, Nadav Lapid a présenté lui-même son film comme « un cri du cœur qui montre la dérive morale de cette société israélienne dont l’hymne national devient celui du génocide ». Il a pourtant été contraint de se retirer du FID.
Un collectif de personnalités issues notamment du monde du cinéma - mais parmi lesquelles on trouve également Elias Sanbar, écrivain et ancien ambassadeur de la Palestine auprès de l’Unesco – a publié dans le journal le Monde lundi 8 juin une tribune dénonçant « des logiques d’intimidation [qui se substituent] à la réflexion collective sur le rôle de la culture lors des crises politiques ». Les auteur·ices interrogent à juste titre : « comment Nadav Lapid, dont le travail s’est construit depuis de nombreuses années dans une critique frontale des politiques menées par les différents gouvernements de son pays, au prix de prises de risque réelles, et qui a publiquement dénoncé, à de nombreuses reprises, l’anéantissement de Gaza, pourrait-il être assimilé à une quelconque forme d’ambassade culturelle israélienne ? ».
Un débat existe sur le boycott des institutions et des productions de l’état d’Israël, y compris culturelles. Ce débat est légitime. Que dans ce cadre on puisse interroger la portée des œuvres cinématographiques financées par l’Israeli film fund, comme c’est le cas du film de Nadav Lapid, est également légitime. Mais qu’au prétexte de ce boycott on en vienne à l’exclusion d’un cinéaste et d’une œuvre dont l’engagement est sans concession à l’égard de la politique suprémaciste et expansionniste menée par le gouvernement israélien est une faute politique majeure.
C’est un parti pris qui nous divise et qui condamne toute possibilité de construction du front large de résistance à la trajectoire destructrice de l’état israélien pour l’ensemble des peuples de la région. Pour construire ce front large, dont nous avons le plus urgent besoin, comme l’écrivent les auteur.ices de la tribune publiée par le Monde, il faut « pouvoir discuter de la Palestine et d’Israël, des formes de résistance et de solidarité, et du rôle des artistes ».