Le dimanche 4 octobre dernier, Flavio Bolsonaro, le fils de l’ancien président Jair Bolsonaro, est arrivé en tête du premier tour de l’élection présidentielle. Le président sortant, Lula, a été devancé de plus de 2 millions de voix. Dans la perspective du second tour qui aura lieu le 25 octobre, c’est bien ce dernier qui accuse un retard, faute de réserve de voix évidente parmi les autres candidats éliminés au premier tour. Figure centrale de la gauche latinoaméricaine depuis des décennies, Lula espère mobiliser les abstentionnistes pour espérer l’emporter une 4e fois. Or, sa victoire est très incertaine. Les bons scores de Bolsonaro sont en réalité une victoire pour Trump, qui n’a cessé de s’ingérer, avec l’aide de la famille Bolsonaro, dans cette élection. Une nouvelle victoire bolsonariste présenterait un réel danger pour la démocratie dans le pays, 4 ans après le coup d’Etat raté, pour lequel Jair Bolsonaro, ainsi que plusieurs de ses militants, ont été condamnés.
I) Les résultats Le dimanche 4 octobre, à l’issue du premier tour de l’élection présidentielle brésilienne, Lula a été devancé de plus de deux millions de voix par son adversaire d’extrême droite, Flávio Bolsonaro. Ce dernier a recueilli 47 % des suffrages, soit plus de 56 millions de voix, contre 45,2 % pour Lula, qui en a obtenu près de 54 millions. La comparaison avec l’élection de 2022, lors de laquelle Lula affrontait Jair Bolsonaro, père de son actuel rival, révèle un recul significatif. À l’époque, Lula avait recueilli 48,4 % des voix contre 43,2 % pour son adversaire, avant de l’emporter au second tour avec moins de deux points d’écart. Cette fois, il aborde le second tour en position de retard, sans réserve de voix évidente pour combler son déficit. Parmi les trois autres candidatures ayant dépassé les 2 % des suffrages, deux relèvent du centre, tandis que celle de Renan Santos, du Partido Missão, s’inscrit clairement à l’extrême droite. Enfin, Augusto Cury, écrivain et candidat centriste arrivé en troisième position avec 3,4 millions de voix, a annoncé qu’il ne donnerait aucune consigne de vote.
De forts clivages géographiques : Le résultat du premier tour de la présidentielle montre un pays divisé géographiquement. Tous les États fédérés du nord, à part le Roraima, ont placé Lula en première position. Cela correspond à l’assise traditionnelle du candidat du Parti des Travailleurs (fondé par Lula), dans les zones périphériques du pays et des métropoles, là où se concentrent les populations les plus dépourvues de richesses et de pouvoir. Ce sont aussi des positions qui s’érodent, Lula perdant deux à trois points dans les États du nord par rapport à 2022. Son rival d’extrême droite domine dans ceux du centre et du sud. Flávio Bolsonaro l’emporte notamment dans les trois États qui abritent les trois aires urbaines les plus importantes du pays, à savoir les États du Minas Gerais (où son père avait été devancé il y a quatre ans), de Rio de Janeiro et de São Paulo (avec des marges de près de 14 points dans ces deux derniers États).
Les conservateurs en position de force : Le dimanche 4 octobre, les Brésiliens étaient également appelés à renouveler l’intégralité de la Chambre des députés, deux tiers du Sénat, ainsi que les assemblées législatives des États fédérés et leurs gouverneurs. Les résultats consacrent une nette domination des forces conservatrices, particulièrement au Sénat. Quelle que soit l’issue du second tour présidentiel, le camp bolsonariste disposera ainsi d’un poids déterminant dans les nominations gouvernementales et pourra accentuer la pression en faveur de l’amnistie de ses membres condamnés pour leur implication dans la tentative de coup d’État de 2022. Concernant les élections des gouverneurs, le Parti des travailleurs (PT) de Lula s’est imposé dès le premier tour dans trois États : le Piauí, le Ceará et Bahia. Ces victoires restent toutefois marginales à l’échelle nationale : le PT ne demeure en lice au second tour que dans un seul autre État. Partout ailleurs, la droite et l’extrême droite dominent largement. Le parti de Flávio Bolsonaro a d’ores et déjà remporté cinq gouvernorats. Le principal enseignement de ces élections réside dans l’absorption progressive de la droite traditionnelle par la dynamique bolsonariste, qui étend son influence bien au-delà de son socle électoral initial.
A la recherche des abstentionnistes : Lula l’a réaffirmé dans son discours de réaction aux résultats du premier tour : la clé du second tour, le 25 octobre, réside dans sa capacité à convaincre une partie de celles et ceux qui ne sont pas allés voter dimanche. Car ce sont près de 33 millions de personnes au total ne se sont pas déplacées, soit 21,08 % de l’électorat. Il s’agit du taux d’abstention le plus élevé enregistré au premier tour depuis 1998, qui reste toutefois proche de celui enregistré il y a quatre ans (20,95 %). En outre, 2,3 millions de personnes ont voté blanc (1,84 % des suffrages) et les votes nuls ont représenté 2,93 %, soit plus de 3,6 millions de personnes. Par rapport à 2022, ce sont quelques centaines de milliers de bulletins de plus à avoir été ainsi enregistrés.
II) La campagne de Lula
Un candidat affaibli, mais toujours aussi incontournable : Lula fêtera ses 81 ans le 27 octobre 2026, soit deux jours après le deuxième tour de l’élection. Encore une fois, c’est cette figure historique de la gauche brésilienne qui se présente à cette élection, après sa victoire en 2002, en 2006 et en 2022. Malgré son âge, la candidature de Lula est la seule à même de permettre une victoire de la gauche face à l’extrême-droite bolsonariste. Un bilan globalement bon : Après ces quatre années au pouvoir, l’ancien ouvrier métallurgiste et ancien syndicaliste s’en tire avec un bilan solide. En effet, le taux de chômage est à son plus bas historique, l’inflation a fortement ralenti, le taux de pauvreté a reculé et le gouvernement a adopté fin mai une baisse du temps de travail hebdomadaire. D’un point de vue environnemental, le changement a aussi été drastique par rapport à son prédécesseur : si Lula continue de promouvoir l’exploitation de pétrole sur le territoire brésilien, il a redonné des moyens à la lutte contre l’orpaillage illégal, la protection des forêts et des peuples indigènes. Résultat, en trois ans, la déforestation a été réduite par deux en Amazonie. En dehors peut-être de la difficile question de l’insécurité, contre laquelle Lula a malgré tout lancé un plan de lutte au printemps, tous les indicateurs sont donc au vert. Une forte campagne médiatique avec des mesures choc : Fort de son statut de président sortant, Lula a multiplié les annonces fortes et les meetings de grande ampleur à travers le pays. Interdiction des paris sportifs en ligne, accusés de ruiner des milliers de familles, hausse de 15 % de l’allocation emblématique Bolsa Família, dont bénéficie un quart de la population brésilienne, ou encore projet de rachat des dettes des ménages les plus pauvres : autant de mesures destinées à marquer des points dans la dernière ligne droite de la campagne. Cette offensive n’a toutefois pas suffi à placer Lula en tête du premier tour, et rien ne garantit qu’elle lui permettra de renverser la tendance au second. L’avance confortable dont il bénéficiait au début de la campagne s’est progressivement réduite, comme le confirment les résultats du scrutin. Malgré ses efforts, le président peine à convaincre une partie de l’électorat, confrontée à la hausse du coût de la vie, au surendettement des ménages et à l’emprise croissante des gangs dans les villes. À ces difficultés s’ajoutent deux handicaps politiques majeurs : l’usure du pouvoir, après plusieurs années à la tête du pays, et la défiance persistante envers le Parti des travailleurs (PT), fragilisé par les scandales de corruption. Une campagne minée par les polémiques : Par ailleurs, au-delà des questions de fond, qui devraient pourtant structurer la campagne, celle-ci a, au contraire, davantage tourné autour des polémiques et scandales, souvent créés par l’extrême-droite elle-même. Dernier exemple en date : Flávio Bolsonaro (qui est évangélique) a dû jurer qu’il ne souhaitait pas retirer son statut de « sainte patronne du Brésil » à Notre-Dame d’Aparecida, contrairement aux rumeurs. Dans la foulée, Lula et sa compagne en ont profité pour s’afficher avec des représentations de cette vierge Marie noire, symbole du métissage brésilien => la gauche se retrouve constamment à devoir réagir à la dernière polémique bolsonariste. III) La campagne de Bolsonaro Un Bolsonaro peut en cacher un autre : Encore une fois, l’élection présidentielle voit s’affronter deux noms connus : Lula et Bolsonaro. En revanche, cette fois-ci, ce n’est pas Jair Bolsonaro, ex-président du pays, qui affronte Lula, mais son fils Flavio. Flavio est l’aîné des cinq enfants de Jair. Il a 45 ans et est sénateur fédéral depuis 2019. Moins charismatique et populaire que son père, la candidature de Flavio Bolsonaro à la présidence n’était pas une évidence il y a 4 ans. Or, condamné à 27 ans et trois mois de prison pour tentative de coup d’État, Jair Bolsonaro ne pouvait plus se présenter. Jair Bolsonaro, qui est interdit de par sa condamnation de participer d’une façon ou d’une autre à la campagne, ne peut qu'espérer une victoire de son fils. Ce dernier lui a en effet fait une promesse : celle de le gracier sitôt arrivé au plus haut poste de l'État.
Un clan puissant : Même après la condamnation du père, le nom Bolsonaro reste puissant au Brésil. En effet, Flavio n’est ni charismatique, ni populaire, et n’est pas non plus un grand orateur. Or, c’est bien par la force de son nom que Flavio Bolsonaro s’est hissé toujours plus haut dans les sondages, jusqu’à remporter le premier tour de l’élection. Lors du lancement officiel de sa campagne en juillet, Flavio Bolsonaro a projeté sur scène une vidéo générée par IA de son père le soutenant. Ce n’est pas le signe d’un candidat qui chercherait à dissimuler un héritage politique encombrant, d’autant plus que cette vidéo était juridiquement risqué : condamné à la prison, Jair Bolsonaro n’a pas le droit de s’exprimer durant la campagne et l’usage des deepfakes est très strictement réglementé. Flavio Bolsonaro est également accusé d’avoir cherché des financements pour un biopic à la gloire de son père. Face à ce scandale, la sortie du film au Brésil, initialement prévue pour le 11 septembre, a été reportée sine die. Une nouvelle stratégie de dissimulation : Sans chercher à rompre avec son père ni avec son héritage politique, Flávio Bolsonaro s’efforce néanmoins de se distinguer par la forme. Depuis plusieurs mois, il cherche à réhabiliter l’image du bolsonarisme en adoptant une posture plus respectable et un discours moins brutal que celui de Jair Bolsonaro, sans pour autant renoncer au fond de ses idées. Là où son père incarnait, en 2018, un outsider en colère dénonçant le système, Flávio endosse désormais le costume d’un homme politique capable de compromis et d’alliances pour accéder au pouvoir. Cette stratégie vise à séduire les électeurs rebutés par les affaires judiciaires de son père, mais qui restent sensibles à ses orientations politiques. Il cherche également à convaincre les femmes encore indécises, dont une partie pourrait se reporter sur sa candidature par rejet de Lula. La reconquête du pouvoir par le bolsonarisme ne repose toutefois pas sur Flávio seul. Elle s’appuie sur une véritable stratégie familiale dans laquelle chacun occupe une place spécifique. Carlos Bolsonaro a investi les réseaux sociaux pour mener une bataille idéologique particulièrement agressive. Eduardo Bolsonaro, installé aux États-Unis, s’emploie à renforcer les liens internationaux avec les mouvements d’extrême droite. Flávio, considéré comme le plus diplomate de la famille, a été choisi pour porter la candidature présidentielle et élargir son audience. La famille consolide parallèlement son implantation institutionnelle. Carlos Bolsonaro et sa mère, Michelle Bolsonaro, viennent d’être élus au Sénat, tandis que le benjamin de la fratrie, Renan Bolsonaro, a fait son entrée à la Chambre des députés. Dans le sud du pays, leur nom semble avoir constitué à lui seul un puissant levier électoral. Au-delà de la candidature de Flávio, c’est donc toute une dynastie politique qui cherche à pérenniser son influence et à replacer le bolsonarisme au cœur du pouvoir brésilien. La modération affichée par son candidat ne traduit pas une rupture idéologique, mais une adaptation stratégique destinée à rendre l’extrême droite plus acceptable aux yeux de l’électorat. Tout change pour que rien ne change : Mais derrière cette stratégie de normalisation, la continuité idéologique avec Jair Bolsonaro est manifeste. Sénateur de l’État de Rio de Janeiro depuis 2019, Flávio défend les mêmes grandes orientations que son père : politique sécuritaire particulièrement répressive, promotion des valeurs familiales conservatrices, modèle économique inspiré des réformes de Javier Milei en Argentine et opposition aux réglementations environnementales. Sur le plan économique, son programme promet un profond recul de l’intervention publique. Il défend une orientation ultralibérale fondée sur la réduction du rôle de l’État, la privatisation d’entreprises publiques et les baisses d’impôts, au risque d’affaiblir les capacités d’investissement public et les mécanismes de redistribution sociale. Flávio Bolsonaro traîne également son lot de controverses. Il a notamment été accusé d’entretenir des liens avec des milices paramilitaires composées d’anciens membres des forces de l’ordre. Il a aussi été mis en cause dans une affaire de détournement présumé de salaires de fonctionnaires, classée en 2025 sans condamnation. Lula a régulièrement évoqué ces affaires durant la campagne, dans l’espoir de fragiliser son adversaire.
L'importance du fait religieux et des évangélistes dans le soutien au bolsonarisme : En 2018, on estimait que 70% des évangéliques avaient voté pour Jair Bolsonaro, qui avait fait campagne sous le slogan « le Brésil au-dessus de tout, Dieu au-dessus de tous ». C’est un soutien non négligeable quand on sait qu’un Brésilien sur trois se dit évangélique. D’ailleurs, lors de l’élection présidentielle 2022, la victoire de Lula était restée incertaine encore quelques jours avant le dernier tour du scrutin, qu’il a finalement gagné sans réussir à séduire les milieux évangéliques. C’est encore le cas aujourd’hui, même si Lula s’efforce de plus en plus de séduire les « évangéliques de gauche ». De son côté, Jair Bolsonaro s’est très vite lié des mouvements évangéliques dans le pays, reprenant leurs discours s’opposant farouchement à l’avortement et en défendant « les valeurs de la famille », thème cher aux évangéliques. Enfin, un élément extrêmement important qu’il utilisait beaucoup est la figure de sa femme, Michelle, elle-même évangélique. D’un point de vue historique, l’église catholique a perdu une grande partie de son influence initiale suite à la volonté du pape Jean Paul II de ne plus soutenir les branches de l’église promouvant la “théologie de la libération”, en rompant autant que possible avec les régimes et partis soutenant le communisme. A partir des années 1960, les Etats-Unis ont commencé à envoyer des prêtres évangéliques au Brésil, afin de faire face à l’influence de la théologie de la libération, et les évangéliques ont rapidement gagné en importance en ciblant les personnes qui étaient dans la criminalité, la violence, l’alcoolisme, et auprès des classes populaires.
IV) Une campagne marquée par l’ingérence étatsunienne Comme ailleurs en Amérique latine, les Etats-Unis se sont toujours immiscés dans les affaires brésiliennes : Les coups d’Etats de la deuxième moitié du XXe siècle au Brésil sont souvent instigués et pilotés par les Etats-Unis, en passant par l’envoi de prêtres évangéliques à partir des années 1960, jusqu’aux espionnages des présidents Lula et Dilma Roussef dans les années 2000 et 2010, le fil des ingérences étatsuniennes ne s’est jamais interrompu dans le pays. Un soutien clair des Etats-Unis contre Lula : Actuellement, le clan Bolsonaro bénéficie d’un soutien indéfectible de Trump, alors que ce dernier utilise cette famille pour tenter de s’accaparer le pays et ses ressources. Le 16 juin dernier, Eduardo Bolsonaro, troisième fils de Jair, a été condamné à quatre ans de prison par la justice de son pays pour avoir sollicité et obtenu des autorités américaines l’application de sanctions commerciales contre le Brésil en représailles au procès de son père : une surtaxe douanière de 40 % est appliquée entre les mois d’août et novembre 2025 sur de nombreux produits en provenance du pays. Ensuite, quelques semaines avant le premier tour des élections générales du 4 octobre, l’administration étasunienne a imposé 37,5 % de taxes sur plusieurs produits agricoles et miniers (dont l’acier). En réponse, le gouvernement brésilien a annoncé examiner la possibilité d’appliquer une loi de réciprocité tout en maintenant un canal de négociation avec les autorités étatsuniennes. Ainsi, Washington soumet Brasília à des droits de douane assouplis ou renforcés en fonction de la conjoncture. Des attaques répétées contre la démocratie : Par ailleurs, à l’instar de la famille Bolsonaro, les Etats-Unis ont poursuivi une stratégie visant à décrédibiliser les institutions de la démocratie brésilienne, notamment ses systèmes électoral et judiciaire. Par exemple, Trump accuse régulièrement le Tribunal suprême fédéral d’avoir injustement condamné son ami, Jair Bolsonaro. En ce moment même, Alexandre de Moraes, le juge à l’origine de cette décision, se trouve au cœur d’une nouvelle affaire de possible scandale politico-financier déchirant l’institution. De quoi réjouir, en pleine campagne électorale, le fils de l’ancien président et l’extrême droite, ainsi que Washington, qui envisage de placer le magistrat sous sanctions.
L’application de la doctrine Trumpienne : Ces événements interviennent alors que la doctrine « Donroe » (la doctrine Monroe de Trump) entre dans une nouvelle phase. Celle-ci assigne trois principaux objectifs à la politique extérieure de Washington à destination de son ancienne « arrière-cour » : Réorienter les ressources stratégiques régionales vers les chaînes de valeur et de production des États-Unis ; Imposer aux gouvernements locaux la prise en compte dans leurs politiques intérieures des exigences étatsuniennes en matière de lutte contre le narcotrafic et l’immigration ; Refouler du continent les « concurrents non hémisphériques », c’est-à-dire la Chine. Un nouvel arc libertarien : Fondé au mois de mars dernier, le « Bouclier des Amériques » réunit, de Milei à Bukele, les vassaux latino-américains de Trump au sein d’une nouvelle alliance sécuritaire officiellement nécessaire pour lutter contre le «narcoterrorisme », les interférences étrangères et l’immigration. Elle comporte dix-neuf membres depuis l’adhésion de la Colombie dirigée par le nouveau président Abelardo de la Espriella. Washington a annoncé la création dans ce cadre d’une « force opérationnelle interarmées de l’hémisphère occidental », chargée d’étendre à tout le continent les missions de l’opération « Lance du Sud », toujours en cours dans la Caraïbe. Pour sa part, le département d’État a élargi la liste des cartels latino-américains désignés « organisation terroriste étrangère ». Cette dénomination justifie, sur le plan juridique, l’intervention des forces armées américaines en dehors du territoire national. Au mois de mai dernier, Flávio Bolsonaro s’est rendu à la Maison Blanche pour demander et obtenir qu’elle soit appliquée à deux organisations brésiliennes. L’ingérence s’organise ainsi de toutes les façons possibles, même à travers des moyens militaires. Des entreprises américaines au-dessus des lois : Les GAFAM, au service de Trump, s’ingèrent également dans l’élection. À une dizaine de jours du scrutin, c’est Meta, dirigé par Mark Zuckerberg, qui est passé à l’offensive en désactivant, une journée durant, l’une des pages Facebook de Lula. L’équipe de Lula a déposé une plainte auprès de Meta, a exigé des explications immédiates et l’accuse d’avoir « créé un déséquilibre » dans la campagne. La chute de Lula mettrait fin à toute présence de gauche en Amérique du Sud: Avec l’Uruguay, le Brésil est aujourd’hui le dernier bastion de gauche en Amérique du Sud, et Lula est aujourd’hui le principal contrepoids au projet d’emprise trumpiste sur la région. Lula en a d’ailleurs fait un axe de campagne majeur. Le 7 septembre, à l’occasion de la fête de l’indépendance, il a par exemple dénoncé dans un message vidéo publié sur ses réseaux les « puissances étrangères qui veulent transformer le Brésil en nouvelle colonie », en insistant bien qu’« Aucun gouvernement étranger n’a le droit de dire à qui nous pouvons acheter et à qui nous pouvons vendre. ». Cependant, force est de constater que les sept derniers scrutins présidentiels qui ont eu lieu à travers le sous-continent, depuis le retour du milliardaire républicain à la Maison-Blanche, sont allés dans son sens (Bolivie, Chili, Colombie, Costa Rica, Équateur, Honduras et Pérou).
En conclusion, il est encore trop tôt pour dire qui va gagner le second tour de l’élection présidentielle du 25 octobre. Si les résultats du premier tour sont un signal fort vis-à-vis de Lula et constituent une nouvelle victoire pour Trump, rien n’est encore joué. Lors du débat d’entre-deux tours le 18 octobre, Lula a eu du mal à s’imposer alors que Flavio Bolsonaro a multiplié les attaques personnelles contre le Président. De son côté, le président sortant a réclamé à plusieurs reprises des explications au sujet d'une enquête sur des soupçons de corruption visant Flavio Bolsonaro, sans que celui-ci ne lui réponde. Finalement, les électeurs brésiliens n’auront pas appris grand-chose du programme des deux candidats. Cette élection s'annonce aussi serrée que le laissent entendre les sondages, et cette semaine est absolument décisive pour le résultat final, car il reste très peu d'électeurs susceptibles de changer leur vote.