« On n'a pas de professeur, pas d'infirmière, les classes elles sont blindées. » « On ne veut pas être privilégiés, on veut juste avoir les mêmes droits que tout le monde. » « On se sent délaissés et oubliés. »
C'est par ces mots que tout est parti de Créteil. Au lycée Saint-Exupéry, des élèves bloquent l'entrée de leur établissement. En quelques jours, le mouvement gagne la Seine-Saint-Denis avant de s'étendre à toute la France.
Ce qu'ils dénoncent est concret : des classes de 35 voire 40 élèves, des professeur·es non remplacé·es, des bâtiments trop chauds l'été et trop froids l'hiver, pas d'infirmière. Et Parcoursup, une machine à orienter qui fabrique plus de dégoût que d'avenir.
Ces lycéen·nes mettent des mots d'une justesse admirable sur une dignité abîmée par des années d'abandon. Leur constat est clair : l'égalité promise par la République ne les concerne pas.Car élèves et professeur·es mènent le même combat. Les lycéen·nes reprennent les mots d'ordre de leurs enseignant·es : ce manque de moyens n'est pas une fatalité, c'est un choix politique.
Plutôt que de correctement financer l'éducation nationale, on leur demande de réussir par miracle dans un système qu'on laisse dysfonctionner. Et surtout de dire merci et de se taire.
Ils ont refusé de se taire. La réponse est venue en uniforme : des interpellations violentes devant les lycées, des gardes à vue, un ministre qui crie à l'instrumentalisation plutôt que d'entendre. Un pouvoir qui répond à des élèves par la matraque est un pouvoir aux abois. Il maltraite sa jeunesse au moment précis où elle se bat pour son avenir.
Ce cri d'une dignité attaquée, les soignants, les pompiers et les enseignants l'ont fait entendre mardi dans la rue. Même constat, même abandon. Pour nous qui marchions ensemble, le service public n'est pas une dépense. C'est la forme matérielle de la promesse républicaine. Chaque fois qu'il recule, c'est une promesse universelle qui se rétracte.
En 2027, beaucoup de ces lycéen·nes voteront pour la première fois. Ils se souviendront de celles et ceux qui les auront écoutés et accompagnés dans leur lutte. Ils se souviendront aussi de celles et ceux qui les auront fait violemment taire.
L'APRÈS et Les Jeunes de L'APRÈS sont pleinement solidaires des mobilisations appelées par l'Union syndicale lycéenne et l'Union étudiante. Aujourd’hui débute une nouvelle journée de mobilisation qui sera suivie par une manifestation importante mardi. Nous empruntons ce slogan aux admirables lycéen·nes de Créteil : que ceux qui veulent un avenir digne nous rejoignent.
Pierre Ledoux