Des commentaires savamment distillés ont laissé croire que le Conseil d'Orientation des Retraites (COR) s'est prononcé dans son dernier rapport publié en juin 2026 pour reporter l'âge de départ en retraite à 67 ans et demi !
En réalité, le rapport ne fait que "prédire" la situation en 2070 dans différentes simulations. Page 124, dans un scénario où l'équilibre ne serait atteint qu'en utilisant le seul levier de l'âge de départ à la retraite, il faudrait qu'il soit de 67,6 en 2070.Cette simulation démontre simplement qu'il faut agir avec d'autres leviers.Des dépenses stables !
Dans son chapitre sur les dépenses :
Le rapport nous dit page 65 : « La part des dépenses de retraite dans le PIB était de 14,1 % en 2025. Cette part resterait stable jusqu’en 2045 puis progresserait modérément jusqu’en 2070 pour atteindre 15,3 %, soit une hausse globale de 1 point de PIB par rapport à 2025. » (en 2025, les dépenses brutes s’élèvent à 422,2 milliards d’euros).
La situation est donc bonne, absolument pas catastrophique comme ces commentaires veulent nous le faire croire.
Toujours concernant les dépenses, le rapport fait une projection extrêmement intéressante, il simule page 72 la part des dépenses de retraites dans le Produit Intérieur Brut (PIB) en appliquant les règles de 1992 c'est à dire avant la réforme Balladur de 1993, tenant compte d'une indexation sur les salaires pour les régimes de base et complémentaires avec des taux de cotisations fixés à leurs niveaux de 1993. Dans un tel cadre, en 2070, les dépenses de retraites représenteraient 19,4% du PIB… ce qui ne paraît pas insoutenable !
Concernant les recettes, pas de bonne surprise :
Le rapport expose page 80 que " Avec près de 417 milliards d’euros (hors produits financiers), les ressources du système de retraite représentaient 13,9 % du PIB en 2025.
" Un déficit de 0,04% du PIB
Concernant le solde recettes/dépenses, page 91 : "En 2025, le système de retraite était déficitaire de 5,1 milliards d’euros en ne tenant pas compte des charges et produits financiers, ce qui représente - 0,2 % du PIB. En les réintégrant, le système de retraite reste en déficit, de l’ordre de 1,3 milliard d’euros, soit - 0,04% du PIB."
En 2025, le système de retraite a donc un déficit minime de 0,04% du PIB, c'est très peu au regard du total des dépenses de 422,2 milliards et du PIB total de 2991,1 milliards d’euros. Mais nous avons la solution, augmentons les ressources !
Le rapport étudie les différents leviers dont page 122, celui de la hausse des cotisations employeurs : « Une hausse des taux de cotisation employeur accroît le coût du travail et les prix à la production. Elle pèserait ainsi sur la compétitivité de la production française et sur l’investissement, ce qui se traduirait par un recul de l’emploi, du PIB et du salaire réel. »… Comme si toutes les exonérations de cotisations actuelles avaient favorisé les embauches. C'est oublier que le patronat a beau faire du chantage à l'emploi pour obtenir ces exonérations, il a besoin des salarié-es pour faire des profits.
Réaliser l’égalité entre les femmes et les hommes
Par ailleurs, la conséquence sur les pensions de l'inégalité des salaires entre les femmes et les hommes est décrite par exemple page 179 « La pension moyenne des femmes se rapproche de celle des hommes tout en restant inférieure. » « Pour la dernière génération observée, à savoir la génération née en 1957 qui a 67 ans en 2024, le rapport des montants de pension de droit direct, hors majorations et hors réversion, vaut 72,1 %, alors que, pour la génération née en 1940, il valait 54,6 %. » Mais il manque au rapport une simulation des recettes supplémentaires que l'égalité salariale produirait, pourtant des calculs, de militantes féministes notamment, déterminent que l'égalité des salaires rapporterait près de 32 milliards de recettes, sans compter l’égalité d’accès à l’emploi qui pousserait le supplément de recettes approximativement à 40 milliards.
Il s'agit de choix politiques et pas de choix comptables.
Pourquoi la société devrait-elle décider de limiter la part des richesses consacrées à la retraite à 14% du total ou 15,3% du PIB en 2070, ou davantage si nous décidions d’annuler toutes les réformes qui ont rongé notre système de retraite depuis plus de 30 ans ?
Qui dans la population s'y opposerait à part les gros actionnaires qui eux se projettent en 2070 avec toujours plus de profits pour plus de dividendes ?
Nous n'allons tout de même pas considérer que la progression de l'espérance de vie n'est qu'une malédiction qui aggraverait le déficit des systèmes de retraite alors que si la place des retraité-es dans la société s'est accrue, c'est au bénéfice de toutes et tous ?
Il est possible de maintenir notre système de retraite solidaire et de l'améliorer par une nouvelle répartition des richesses qui passe par l'arrêt des exonérations, l'égalité salariale entre les hommes et les femmes et l'augmentation de la part patronale des cotisations.
Il est possible de revenir au droit à la retraite à 60 ans à taux plein. Ce sera un des enjeux des échéances électorales de 2027. Une raison de plus de se mobiliser et de se rassembler.