L'APRÈS
Menu
Newsletter J'adhère Je donne
L'APRÈS
Fermer

Retrouvez sur ce canal telegram les actualités de l'APRÈS

Rejoignez des milliers
d'adhérents partout en France

J’adhère

Soutenez l'Après, aidez-nous à
financer nos actions !

Je donne

Bardella antisémite : qui est surpris ?

Jordan Bardella aurait écrit des horreurs antisémites ! Mais qui aurait pu s’en douter, enfin. Ce président du RN à la carrière météorique devait représenter une figure ouverte, avenante, il courtisait les patrons du CAC 40, il stupéfiait le monde par sa phénoménale capacité à ne rien faire au Parlement Européen et à écrire son autobiographie à moins de 30 ans.

Son autobiographie ? Parlons en donc. Jordan Bardella adhère au Front National de la Jeunesse (FNJ) en 2012, à l’âge de 16 ans et il y occupe rapidement des fonctions importantes. D’abord dans sa fédération de Seine Saint Denis, puis au niveau national, jusqu’à en devenir le président en 2018. C’est durant ses premières années de responsable local du FNJ que Bardella écrit, dans des conversations Messenger, des mails et des Tweets, les délires antisémites mis en lumière par les enquêtes de Mediapart.

Mais comment aurait-il pu en être autrement ? A cette époque, le FNJ, et pas seulement celui du 93, était un repaire de militants ayant la double appartenance ou issus de groupuscules nationalistes révolutionnaires comme le GUD et ses divers avatars, ou identitaires. C’est également l’époque où Alain Soral et son organisation Egalité et Réconciliation, fondée avec deux anciens dirigeants du GUD, Philippe Péninque et Jildaz Mahé O’Chinal, alimentent les débats de l’extrême droite avec des vidéos quasi quotidiennes, remplies de théories antisémites et complotistes. C’est l’époque d’une très grande proximité de cet « idéologue » avec les instances dirigeantes du FN et la famille Le Pen. C’est une de ces périodes au cours de laquelle les militants du FNJ apparaissent régulièrement lors d’actions violentes dans les universités et défraient parfois la chronique, comme lorsque les dirigeants de la fédération voisine de celle de Bardella, le Val d’Oise, organisent des incendies nocturnes de voiture pour ensuite s’élever à grands cris contre la montée de l’insécurité ! C’est enfin la période où Marine Le Pen participe en robe du soir au bal annuel des fraternités étudiantes de Vienne (Autriche), fraternités au sein desquelles les discours racistes et nostalgiques du IIIème Reich sont monnaie courante.

Ce qui aurait été étonnant, c’est que Jordan Bardella, qui faisait alors carrière dans l’appareil du FNJ, ait été indemne de telles dérives racistes et antisémites. Il baignait dans cette ambiance, en nourrissait sa formation politique, y créait ses réseaux personnels, certains de ses proches d’aujourd’hui étant d’ailleurs déjà plus ou moins liés à Egalité et Réconciliation.

Tout ceci a été amplement documenté par la presse de l’époque et celles et ceux qui font mine de le découvrir aujourd’hui et s’indignent des écrits de Jordan Bardella font preuve d’une naïveté abyssale ou d’une hypocrisie saisissante. Naïveté accablante s’ils et elles ont cru un instant aux opérations médiatiques de dédiabolisation du RN, la rupture, avec Jean-Marie Le Pen, le changement de nom du parti, la « stratégie de la cravate », le tout aimablement mis en avant par les médias.

Hypocrisie confondante, car il aura fallu que Mediapart révèle des écrits ouvertement antisémites, de Bardella bien sûr, mais d’autres cadres du FN/RN également, pour qu’une certaine émotion s’empare de la droite traditionnelle bien-pensante et que la macronie exprime sans réserve sa réprobation. On est en droit de se demander si ces émotions auraient été les mêmes si les écrits révélés avaient été islamophobes, négrophobes, homophobes masculinistes…gageons qu’il ne faudrait pas gratter trop profond pour en trouver de tout aussi nauséabonds.

Les premières réactions sondagières à « l’affaire Bardella » sont assez affligeantes. Si une grande majorité de sondés trouvent les propos de Bardella « graves » et n’est absolument pas convaincues par ses dénégations laborieuses, les sondages électoraux qui ont suivi les développements de l’affaire ne montrent aucun tassement des intentions de vote en faveur de Marine Le Pen. Comme si le socle dur de son électorat, finalement, ne trouvait rien à redire à ces sorties antisémites. A bien y regarder, rien d’étonnant, le site « Bon Pote », dans une enquête mise en ligne le 13 octobre , nous rappelle que sur les 230 cadres du RN, 57% ont été épinglés pour des propos racistes, antisémites ou haineux :

« 8 des 11 membres du Bureau exécutif du RN (73 %), véritable centre de décision opérationnel du parti. 35 des 47 membres du Bureau national (74%), qui fixe les grandes orientations politiques du parti. 72 des 123 membres du Conseil national (59 %), qui approuve la désignation des membres des bureaux et se prononce sur les grandes orientations du parti. 14 des 19 membres de la Commission d’investiture (74 %), chargée d’accorder l’investiture du parti pour les différentes élections. 6 des 8 membres (75 %) de la Commission des conflits, qui veille au respect du règlement du parti et sanctionne les manquements.

Concernant les parlementaires, notre enquête relève que 66 % des eurodéputés (19 sur 29), 61 % des députés (73 sur 119) et 23 % des sénateurs (3 sur 13) ont été épinglés dans des enquêtes de presse pour des cas de racisme et d’antisémitisme ».

Le 19ème congrès du FN/RN vient de se terminer. Grand messe qui met sur orbite la candidature de Marine Le Pen, elle a vu également la réélection de Jordan Bardella à la présidence du parti, avec 98,98 % des voix. Comme si il fallait absolument maintenir l'unité de façade du RN, comme si il fallait faire en sorte que les révélations de Mediapart glissent sur lui comme de l'eau sur les plumes du canard.

La campagne qu’il convient maintenant de mener et de développer, de la manière la plus unitaire possible, contre la possible accession du RN au pouvoir ne doit pas se limiter à ces dénonciations. Si celles-ci sont essentielles pour rappeler que l’antisémitisme et le racisme sont au cœur même de la stratégie du RN, elles doivent être complétées par la démonstration quotidienne de ses mensonges et des fausses promesses qu’il fait à toutes les catégories sociales. Incapable de présenter un document sans qu’il soit truffé d’erreurs et d’approximations, le RN révèle sa vraie nature de soutien du patronat et des plus riches.

Camille Boulègue, membre du GT "Lutte contre l'extrême droite"

Publié par L’APRÈS le 27 oct. 2026
Fermer
L'APRÈS

Pour aller plus loin partagez
ce site sur Facebook, X, Bluesky,
Mastodon ou par mail

Non merci