En 2018, lycéen·nes et étudiant·es se mobilisaient contre la loi ORE et la mise en place de Parcoursup. Huit ans plus tard, une nouvelle génération se bat contre la sélection, le manque de moyens et la répression. Mais la même question demeure : quel avenir propose-t-on à la jeunesse ?
On nous demande de choisir toujours plus tôt ce qu’on fera de notre vie. Mais derrière les discours sur la réussite, il y a des études sous pression, des loyers inaccessibles, des emplois précaires et une planète qu'on continue de saccager. À quel moment a-t-on décidé que grandir, c’était d’abord apprendre à obéir, rentrer dans le rang et être rentable ?
Défendre l’école publique, lui donner des moyens, en finir avec la sélection et soutenir les lycéen·nes qui se mobilisent est indispensable et décisif, d’autant plus que nous avons besoin de victoires immédiates. Mais notre responsabilité ne peut pas se limiter à réparer l’existant. Nous devons aussi montrer ce que nous voulons construire.
Et si on repensait complètement la manière de grandir et de s’épanouir ? Une école pour comprendre le monde et apprendre à le transformer. Du temps pour découvrir, créer, faire du sport, accéder à la culture, s’engager, expérimenter et même ne rien faire. Des lieux de vie collectifs, des colonies de vacances ouvertes à toutes et tous, des espaces que les jeunes pourraient eux-mêmes organiser et faire vivre. Une société où l’éducation serait l’affaire de toutes et tous, où les possibilités de chacun·e ne dépendraient plus de sa famille ou de son milieu social. Et surtout, où les jeunes auraient réellement le pouvoir de participer aux décisions collectives, à commencer par le droit de vote à 16 ans.
Et si l’autonomie devenait un droit ? Pouvoir se loger, se nourrir, étudier et vivre sans dépendre de sa famille ni attendre son premier salaire.
Cela suppose bien plus que redistribuer les richesses. Il faut reprendre collectivement le pouvoir sur ce qui détermine nos vies : développer la propriété publique et collective, mettre en commun les ressources et les savoirs, décider démocratiquement de ce que nous produisons, pour qui et dans quelles limites écologiques.
Ce qui se joue dans les lycées se joue partout : à l’école, à l’hôpital, au travail. Les mêmes exigences reviennent : des moyens, des salaires dignes, des services publics, des droits et du temps pour vivre. Derrière ces luttes, une même volonté : faire passer nos besoins avant les profits.
La mobilisation du 17 octobre a montré la nécessité de construire un rapport de force commun. Il faut désormais poursuivre et amplifier la mobilisation sociale, sans attendre les prochaines échéances nationales. La journée de mobilisation intersyndicale du 5 novembre doit constituer une nouvelle étape, mais c’est aussi avant et après cette date, dans les établissements, les entreprises et partout où s’organisent les luttes, que nous devons faire vivre ce mouvement. C’est dans la durée, en articulant les mobilisations et en construisant un rapport de force collectif, que nous pourrons arracher des victoires immédiates et porter un autre projet de société.
Clémence Morel