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Le bollorisme est une menace pour la démocratie.

Le bollorisme est un nouveau maccarthysme. C’est une menace pour la démocratie. La liberté de création des artistes, et aujourd’hui dans le cinéma après le milieu de l’édition, est en danger et cela nous concerne tous. 


Avec brutalité, M. Maxime Saada, président du directoire de Canal+, en marge du Festival de Cannes 2026, a annoncé "ne plus vouloir travailler" avec les 600 professionnels (aujourd’hui plus de 2 000), acteurs, réalisateurs, techniciens du cinéma ayant signé une tribune qui s'inquiétaient de la possibilité que le groupe dirigé par M. Vincent Bolloré prenne le contrôle du réseau de distribution UGC. 


Les mensonges qui ont accompagné les provocations de M. Saada doivent être ici démontés. Non, il n’a pas le droit de financer « qui il veut ». Non, ici, ce n’est pas « qui paie commande ». Car Canal+ n'est pas une entreprise privée comme une autre. Si elle réalise du profit, c’est parce qu’elle bénéficie du droit de diffuser dans des conditions définies par "l'accord du 3 mars 2025 entre les professionnels du cinéma et les chaînes cinéma payantes du groupe Canal +", établissant ce que l'on nomme la "chronologie des médias" lui permettant de diffuser les films seulement 6 mois après leur sortie en salle.


Cet avantage, sorte de « préachat » est possible en échange d'obligations chiffrées : entre 110 et 120 millions d'euros minimum par an pour le cinéma français, assortis d'une exigence explicite de « diversité » (article 9). Canal+ ne fait pas un geste philanthropique en direction des acteurs du cinéma qu’il faudrait remercier : il s'acquitte simplement d'obligations qui s'imposent à lui. 


Dresser une « liste noire » professionnelle fondée sur la signature d'une pétition constitue, en droit, une discrimination fondée sur les opinions politiques et syndicales. Faut-il rappeler que ce que l’on a nommé le maccarthysme dans les années 50 était précisément la « chasse aux sorcières » menée dans le cinéma américain contre ceux qui avaient des sympathies communistes. Refuser de financer une œuvre cinématographique sur de supposées opinions, c'est l'abandon d'une liberté fondamentale. 


C'est aussi, juridiquement, un abus de dépendance économique. Les cinéastes n'ont aucune alternative crédible ou très peu. L'exception culturelle française repose sur cet équilibre entre financement public mutualisé et financement privé encadré. Et cette exception que nous devons défendre est aujourd'hui en danger.
Aussi, plutôt que renvoyer tous les protagonistes dos à dos comme l’ont fait hélas la ministre de la Culture et l’ARCOM, il faut une réponse politique à la hauteur de ce qui est en jeu : garantir la liberté de création, la liberté d’expression et de production cinématographique.


Plus globalement, il faut démanteler l’empire Bolloré. Et pour cela il nous faudra une grande loi anti-concentration « horizontale » et « verticale » dans les médias. Nous savons déjà que la possession de plusieurs maisons d’édition ou journaux peut nuire à la diversité nécessaire à la démocratie, c’est la concentration « horizontale ». Mais désormais Vincent Bolloré contrôle chacune des étapes de la fabrique culturelle et informationnelle : télés, radios, journaux, maisons d’édition, communication publicitaire, jusqu’à la distribution avec les Relay et également toute la chaîne de production du cinéma. C’est la concentration « verticale ».


En agissant ainsi, nous serons dans la continuité du programme du CNR, adopté en 1944 sous le nom « Les jours heureux », qui annonçait notamment qu’il fallait défendre « la pleine liberté de pensée, de conscience et d’expression, la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’État, des puissances d’argent et des influences étrangères, la liberté d’association, de réunion et de manifestation ».


Ceux qui ont libéré la France du fascisme étaient lucides sur l’importance de cette bataille culturelle aux conséquences majeures. Soyons fidèles à leur courage.


Alexis Corbière

Publié par L’APRÈS le 22 mai 2026
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