Le débat sur une éventuelle reprise de l’exploration pétrolière en Guyane revient régulièrement dans l’actualité. Il est souvent présenté comme un choix simple : accepter les forages au nom du développement économique, ou les refuser au nom de l’écologie. Pour L'APRÈS, cette alternative est un piège.
Nous refusons le chantage qui consiste à dire aux Guyanais·es : ce sera le pétrole ou l’abandon, l’extractivisme ou le sous-développement. Les Guyanais·es n’ont pas à choisir entre la précarité et les plateformes pétrolières.
Ils et elles ont droit à l’emploi, aux services publics, à la santé, à l’éducation, au logement, aux transports, à l’énergie, à l’eau potable et à une vie digne. Ils et elles ont droit à un progrès social et économique qui respecte à la fois les êtres humains et les écosystèmes. Mais ces droits ne peuvent pas dépendre d’une nouvelle ruée vers les hydrocarbures, au bénéfice principal des multinationales pétrolières.
L’expérience internationale est connue : l’exploitation des ressources naturelles enrichit rarement les populations locales autant que les grands groupes qui les contrôlent. Elle crée souvent de nouvelles dépendances, de nouvelles inégalités et de nouvelles dégradations environnementales.
En Guyane, malgré plus de vingt ans de recherches et plusieurs campagnes de forage, aucun projet d’exploitation commercialement viable n’a été engagé à ce jour. Les promesses de rente pétrolière restent donc hypothétiques. Les risques, eux, sont bien réels. Les écosystèmes marins guyanais, le plateau amazonien, les récifs profonds, les mangroves, les ressources halieutiques et la biodiversité exceptionnelle du territoire constituent un patrimoine irremplaçable. Une activité pétrolière offshore ferait peser des menaces lourdes sur ces milieux, sur la pêche, sur les littoraux et sur les pays voisins en cas d’accident majeur.
Mais nous refusons tout autant une écologie de tutelle. Paris ne peut pas décider de l’avenir économique, énergétique et social de la Guyane.
Les Outre-mer ont trop souvent subi des décisions prises loin d’eux, sans les habitant·es, sans les collectivités, sans les peuples autochtones, sans prise en compte réelle de leurs besoins et de leur histoire. La critique du centralisme parisien est légitime. Elle doit être entendue. Pour autant, la décolonisation ne peut pas consister à remplacer la tutelle de l’État par celle des multinationales.
Une approche décoloniale sérieuse pose deux questions indissociables : qui décide ? Et pour quel modèle de société ?
Pour l’APRÈS, la réponse est claire : ce sont les Guyanais·es qui doivent décider démocratiquement de leur avenir. La Guyane a besoin d’un projet de justice sociale, de bifurcation écologique et de souveraineté populaire.
Les alternatives existent : énergies renouvelables adaptées au territoire, rénovation des réseaux d’eau et d’électricité, renforcement des services publics, pêche durable, agriculture locale, filière bois respectueuse des écosystèmes, recherche scientifique, formation, santé, éducation, transports, économie spatiale sous maîtrise publique, tourisme écologique maîtrisé.
Ce sont ces choix-là qui peuvent créer des emplois utiles, durables et non délocalisables, sans sacrifier les biens communs.
C’est pourquoi nous défendons l’ouverture d’un grand processus démocratique guyanais sur l’avenir du territoire, associant les habitant·es, les collectivités, les syndicats, les associations, les représentant·es des peuples autochtones, les scientifiques, les acteurs économiques locaux et les organisations environnementales.
Ce processus devrait permettre de mettre sur la table les vraies questions : quels emplois créer ? Quels services publics renforcer ? Quelle autonomie énergétique construire ? Quels investissements pour l’eau, la santé, l’école, les transports ou le logement ? Comment garantir que les richesses produites en Guyane restent au service de celles et ceux qui y vivent ?
À l’issue de ce débat, un référendum local pourrait constituer un outil légitime de validation démocratique. Mais il ne devrait pas enfermer la population dans une question binaire — « pour ou contre le pétrole ? »
Notre position est donc sans ambiguïté : ni extractivisme, ni tutelle. Ni pétrole imposé au nom du marché, ni décisions prises d’ailleurs.
Ni colonialisme d’État, ni colonialisme des multinationales.
Pour la Guyane, nous défendons une voie écosocialiste et décoloniale fondée sur la souveraineté démocratique, la justice sociale, la protection du vivant et la préservation des biens communs.