C’est une alternance historique que la Hongrie est en train de vivre après la victoire sans appel du parti Tisza de Peter Magyar qui, avec plus de 53% des voix, remporte plus des deux tiers des sièges au parlement.
La surprise de ce scrutin très polarisé et marqué par une participation historique de 80%, est sans conteste à rechercher dans l’ampleur de la défaite du Fidesz. Le parti de Viktor Orban, au pouvoir depuis 16 ans, perd près d’un million de voix par rapport aux dernières législatives de 2022, avec un recul généralisé sur l’ensemble du territoire, y compris dans ses zones de force (les communes rurales, parmi les personnes âgées et les classes populaires). Et cela en dépit d’un mode de scrutin taillé sur mesure par et pour Orban dès son retour au pouvoir en 2010, et d’un niveau de propagande sans égal de la part des médias officiels.
Les facteurs économiques (dont l’inflation qui a explosé depuis la crise russo-ukrainienne en 2022) et la corruption généralisée (qui faisait de la Hongrie d’Orban un Etat mafieux sans égal dans l’UE) ont été déterminants dans la déstabilisation du régime qui conjuguait nationalisme identitaire, autoritarisme et accumulation inégalitaire.
Ce système illibéral, devenu au fil des années un modèle pour toutes les extrêmes droites européennes, soutenu par Trump et Poutine, va être lent à démanteler. Car si le nouveau chef de gouvernement, dissident du Fidesz et conservateur pro-européen, a désormais une majorité suffisante pour engager des réformes constitutionnelles, le retour à l’état de droit s’annonce délicat. L’exemple polonais (13 années de gouvernement du PiS) est de ce point de vue significatif et illustre combien il est très difficile de revenir en arrière après de longues expériences des droites radicales au pouvoir.
En l’absence de toute opposition de gauche au Parlement, le nouveau pouvoir espère être en mesure de normaliser ses relations avec Bruxelles avec le déblocage de milliards de fonds européens gelés par les sanctions de ces dernières années. Mais il devra aussi composer avec le maintien d’une forte dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie.
La question posée va être la capacité à réorienter l’économie vers les besoins sociaux de la population.
Cette défaite dit que l’extrême droite au pouvoir peut être battue. Mais elle dit aussi le niveau de destruction sociale et démocratique atteint après son règne, et la disparition électorale de la gauche. Répétons-le sans relâche aux irresponsables qui jouent la défaite et pensent tirer leur épingle du jeu dans un champ de ruines.