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L’écologisme démagogique du RN


Tous les médias l’ont relevé ou presque : les cadres du RN sont tous devenus des chantres du GIEC, du jour au lendemain, niant l’évidence de leur conversion subite, sur tous les plateaux. Il a suffi que la canicule soit perçu comme une opportunité pour mettre en cause le gouvernement, les élites et… les écologistes. Jordan Bardella a enregistré une vidéo sur le site du RN intitulé « Refusons l’écologie de l’âge de pierre »1

Barbe de trois jours, mine fatiguée, comme sortant d’une épreuve intense, ton grave et solennel, M. Bardella explique que les canicules sont désormais récurrentes et qu’il va falloir s’adapter, la vraie question étant de déterminer pourquoi ce rien n’a été fait en ce sens jusqu’ici. A l’écouter, la solution aurait été trouvée de longue date dans tous les pays chauds, c’est-à-dire à peu près partout sur la planète : la climatisation, qui protège les citoyens, les enfants, les personnes âgées et les lieux de travail. 

Mais chez nous, « certains » (comprendre : les écologistes) en appellent au contraire à souffrir, à exposer les plus fragiles voire pire à cesser l’activité (comprendre : le congé climatique proposé par les Ecologistes), tout ça parce que le climatiseur « pourrait contribuer à réchauffer très légèrement l’air extérieur ». Scandale ! Voilà donc la cause de tous les maux : l’écologie punitive. Quelle réponse, alors ? Elle tient en trois points. Le premier est d’investir massivement dans la climatisation. Aucun financement précis n’est évoqué, à l’exception de prêts à taux zéro. C’est d’ailleurs la seule mesure solide, à l’issue des débats à l’Assemblée Nationale2

M. Bardella insiste surtout sur les points de croissance perdus. Le second levier est l’énergie nucléaire, qui fournit de l’énergie décarbonée tout en préservant notre souveraineté. Enfin l’enjeu serait de relocaliser les activités. « Produire en France selon nos normes environnementales est un choix écologique, économique et stratégique ». Conclusion : refusons une écologie « de la décroissance et de l’âge de pierre », choisissons au contraire une écologie du progrès et de la science, de l’innovation et de l’adaptation, qui protège concrètement les Français. 

Le RN est-il devenu « écologiste » ? Certainement pas et il le dit lui-même. Devant l’évidence du réchauffement climatique anthropique, il s’adapte, de la même manière qu’il cherche à récupérer d’autres faits ou événements (le social, les retraites etc.) pour les insérer dans un récit et un programme qui restent inchangés sur le fond. Il continue en effet de protéger la croissance économique et la sécurité des Français, rien de plus. Le programme est ethnocentrique et centré sur le régalien. Il ne se soucie pas de la planète ni de ses habitants. Il n’évoque pas la responsabilité particulièrement importante de la France et des pays développés dans cette chaleur dont d’autres pays souffrent bien plus que nous. Il ne cherche pas à réduire les émissions, sauf si cela est compatible avec l’intérêt national, à l’exemple de la défense du nucléaire. Le positionnement est donc classiquement national-populiste : parler aux Français sur la base de leurs évidences partagées en proposant des solutions simplistes et à court terme (« Vous avez chaud ? Climatisez ! »), de manière à monnayer en termes de voix. 

Sur le fond, le conservatisme est de rigueur. C’est toujours la puissance nationale qui est défendue avant toute chose, adossée à l’élite économique, c’est-à-dire aux grands propriétaires. Le filet de sécurité est minimal, comme le trahit J.-Ph. Tanguy qui considère que la climatisation peut être financée sur le « surencadrement » dont l’hôpital soufrrirait3. La stratégie s’adapte mais le but reste le même. C’était déjà le cas du virage « protectionniste » et « social » : simple adaptation aux circonstances. 

La « relocalisation » recouvre deux objectifs : mettre en avant les traditions et l’identité nationales (le terroir etc.) et réaffirmer la souveraineté en un sens conservateur. On rappellera que le RN s’est opposé à toutes les mesures visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre ou à s’adapter au réchauffement climatique, jusqu’ici : non au Pacte vert de l’Europe, non aux énergies renouvelables, oui aux énergies fossiles (et au nucléaire), non à la voiture électrique4. Et l’on ne compte plus les prises de position climatosceptiques ou minorant le danger climatique, dans ses rangs5. En 2022, Marine Le Pen reconnaissait certes « le dérèglement climatique » mais elle en concluait à l’urgence de « rompre avec une écologie dévoyée par un terrorisme climatique qui met en danger la planète, l’indépendance nationale et plus encore, le niveau de vie des Français »6. Bref, la menace, c’est les écologistes, pas l’état de la planète. La climatisation est un moyen d’amender cette position devenue intenable, au regard de l’opinion publique. A sa manière, c’est une victoire écologiste.



Publié par L’APRÈS le 2 juil. 2026
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