Ce week-end s’est tenue à Barcelone une rencontre internationale qui a marqué la naissance de la plateforme progressiste « Global Progressive Mobilisation ». A cette occasion, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a appelé au réveil des forces progressistes face à l’internationale réactionnaire. Comme l’indique la page de présentation de l’événement, le but des initiateurs est de « construire une alternative utile par rapport aux forces conservatrices et d’extrême-droite » et donc d’unir les forces progressistes du monde « pour un avenir plus juste, plus égal et plus durable ».
Le succès de cette initiative témoigne de la possibilité d’une remobilisation face à la menace grandissante de l’arc réactionnaire. Outre le grand nombre de participant.es, il faut souligner la présence de plusieurs dizaines de chefs d’Etat ou de gouvernements progressistes, au premier rang desquels le président brésilien Lula. Il y avait de nombreux responsables européens, parmi lesquels Olivier Faure et Marylise Léon, l’économiste Gabriel Zucman, des dirigeants d’Afrique du Sud, de Turquie, d’Amérique latine, d’Inde, des Etats-Unis, d’Australie….
Parmi les thèmes discutés en atelier, on note par exemple : Les inégalités salariales, La lutte pour la démocratie, La souveraineté technologique, Pour une réponse européenne autour des notions de démocratie, de solidarité, de durabilité et de bien-être , L’exemple de la politique espagnole en matière d’immigration, de lutte contre les inégalités, Battre l’extrême-droite, Une économie au service des citoyens, Garantir l’indépendance de l’Europe, L’inclusion comme défi global, Des solutions progressistes pour un monde qui sombre dans le chaos, Défendre les démocraties de la coercition numérique, Une politique industrielle verte.
Tout cela témoigne d’un regain d’intérêt pour les thèmes de gauche qui avaient été largement délaissés par les socio-démocrates lors de la triste parenthèse socio-libérale ouverte dans les années 1990… une parenthèse qui a largement contribué à l’essor dramatique de l’extrême-droite et d’autres forces réactionnaires partout dans le monde.
Certes, l’aspect très institutionnel de cette rencontre constitue une limite, dans la mesure où la mobilisation sociale est un enjeu essentiel pour la construction du rapport de force. D’autre part, il aurait été pertinent d’accorder une plus grande place aux questions internationales, par exemple au conflit ukrainien qui ne semble pas avoir fait l’objet d’un atelier spécifique.
Cependant, nous partageons manifestement désormais une série de préoccupations communes. Comme les participants de Global Progressive Mobilisation, nous considérons en effet qu’il est urgent de réagir ensemble face à la vague réactionnaire. Et nous pensons qu’un projet mobilisateur doit mettre en avant les questions sociales, environnementales et démocratiques.
Il est d’autant plus regrettable que les objectifs des initiateurs se limitent pour l’instant au développement des synergies dans l’espace politique du centre gauche, celui en l’occurrence de l’Alliance progressiste qui regroupe les partis de l’Internationale Socialiste et une série d’autres partis progressistes (le parti Démocrate des Etats-Unis, Le Parti des travailleurs au Brésil, le Fatah, le Parti du Peuple Pakistanais, le Congrès national indien, le Parti de la révolution Démocratique au Mexique par exemple), ainsi que les syndicats de la Confédération Syndicale Internationale.
L’initiative de Barcelone est donc à nos yeux une source d’espoir. Mais il reste beaucoup à faire pour construire la mobilisation puissante et unitaire dont nous avons la nécessité absolue. Les efforts doivent être partagés par les différentes composantes de la gauche, qui ont toutes d’urgence un chemin à accomplir vers l’union.
Ce message d’union et de responsabilité s’adresse aux forces qui se sont rassemblées à la fin du mois de mars à la conférence internationale antifasciste de Porto Alegre, dont nous déplorons qu’elles soient trop souvent tentées par un campisme particulièrement inadapté à la réalité du monde actuel. Il s’adresse aussi aux dirigeants socio-démocrates, dont les politiques concrètes, lorsqu’ils sont au pouvoir, restent bien éloignées des préoccupations formulées à Barcelone, à l’exception notable et encourageante de Pedro Sanchez.
Nous appelons donc tous ceux et toutes celles qui partagent cette volonté de relever les défis du désordre mondial actuel à approfondir et à élargir la démarche initiée à Barcelone. En France, comme en Europe et partout dans le monde, l’heure est aujourd’hui plus que jamais à la construction d’une réponse unitaire et cohérente face aux forces réactionnaires !