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Hantavirus : après le Covid, la France est-elle vraiment prête ?

L’alerte autour du virus Andes, identifié chez des passagers du navire de croisière MV Hondius, ne doit pas être transformée en scénario catastrophe. Ce n’est pas « un nouveau Covid ». Le dire serait faux scientifiquement et dangereux politiquement. Mais cette alerte remet une question simple sur la table : depuis 2020, avons-nous réellement reconstruit une capacité publique de réponse aux crises sanitaires ?

Au 11 mai 2026, l’OMS faisait état de sept cas confirmés liés au MV Hondius, auxquels s’ajoutaient deux cas probables, avec trois décès au total. L’ECDC rappelle que le virus Andes est le seul hantavirus connu pour pouvoir se transmettre de personne à personne, mais généralement lors de contacts proches et prolongés. Le risque pour la population générale européenne reste donc jugé très faible.

Il n’y a pas lieu de paniquer. Le virus Andes ne circule pas comme le SARS-CoV-2. Il ne se diffuse pas massivement par voie aérienne dans toute la population. Mais il peut provoquer des formes très graves : pneumonie, détresse respiratoire aiguë, choc, passage en réanimation, décès. Les hantavirus sont d’abord des zoonoses, transmises à partir de rongeurs infectés, notamment par inhalation de particules virales issues d’urines, de déjections ou de salive contaminées. Et la fiche COREB le rappelle clairement : il n’existe aujourd’hui ni vaccin ni traitement antiviral approuvé contre le virus Andes.1

C’est là que le sujet devient politique. Quand il n’y a pas de traitement spécifique, tout repose sur la santé publique : repérer vite, isoler, protéger les soignant·es et les proches, tracer les contacts, organiser les soins, disposer de masques, de laboratoires, de transports sanitaires, de lits de réanimation et d’équipes formées.


L’épidémie d’Epuyén, en Argentine, l’a montré. Entre novembre 2018 et février 2019, le virus Andes a provoqué 34 infections confirmées et 11 décès. Après une première transmission depuis un réservoir animal, la chaîne humaine a été principalement portée par trois personnes symptomatiques présentes lors d’événements sociaux. Avant les mesures de contrôle, le nombre reproductif médian était estimé à 2,12. Après l’isolement des cas et l’auto-quarantaine des contacts, il est tombé à 0,96. Autrement dit : une réponse rapide peut casser une épidémie.

Le Covid nous l’avait déjà rappelé violemment. La santé ne peut pas être pensée comme une affaire strictement individuelle, où chacun viendrait chercher un test, un masque, une consultation ou un lit disponible quand la crise est déjà là. La santé n’est pas un marché. C’est un bien commun.

Une vraie politique de santé commence avant l’hôpital saturé. Elle suppose de prévenir plutôt que subir : des stocks, des laboratoires, des soignant·es formé·es, des soins de ville solides, des établissements médico-sociaux protégés, une médecine scolaire et une santé au travail dignes de ce nom. Elle suppose aussi de regarder les causes sociales et environnementales des maladies : pauvreté, logement, conditions de travail, destruction des milieux naturels, dérèglement climatique, inégalités territoriales d’accès aux soins.

Sur le papier, la France est mieux préparée qu’en 2020. Il existe des fiches COREB, des circuits d’alerte, des ARS, des SAMU, des centres nationaux de référence, des établissements de santé de référence. Pour une suspicion de virus Andes, la fiche COREB prévoit isolement, port du FFP2, précautions respiratoires et contact renforcées, recours à l’infectiologue référent, à l’ARS, au SAMU et au Centre national de référence.

Mais une fiche ne soigne pas. Un protocole ne remplace pas une équipe de nuit. Une doctrine ne crée pas des lits de réanimation.

Prenons les masques. La situation n’est plus celle du printemps 2020. Selon la Cour des comptes, l’inventaire de janvier 2024 faisait état de 1,35 milliard de masques mobilisables, conformes et non périmés, dont 346 millions de FFP2. C’est un progrès. Mais la Cour pointait aussi des insuffisances persistantes : stock hétéroclite, vieillissement, péremption, doctrine de gestion et circuits de distribution encore à consolider. Avoir des masques quelque part dans un stock national ne suffit pas. Il faut pouvoir les produire, les renouveler, les acheminer et les distribuer au bon endroit, au bon moment.

Le point le plus inquiétant reste la réanimation. Au 31 décembre 2024, la France disposait de 19 700 lits de soins critiques ou de surveillance continue, dont seulement 5 700 lits de réanimation. Lors de la première vague de Covid, le nombre de patients en réanimation avait atteint un pic de 9 200. Fin mars 2020, les besoins représentaient 140 % des lits disponibles au niveau national, avec des pointes à 250 % en Île-de-France et 226 % dans le Grand Est.

Le constat est brutal : avec 5 700 lits de réanimation fin 2024, la France n’est toujours pas armée pour absorber sereinement un choc respiratoire majeur de type Covid. Le système tient, oui. Mais il tient sous tension. Il tient grâce aux soignant·es, à leur engagement, à leur sens du service public, à cette capacité admirable à faire face même quand les moyens manquent. Mais l’abnégation des personnels ne peut pas devenir une doctrine sanitaire.

Un pays ne se prépare pas aux crises en demandant sans cesse aux soignant·es de compenser les manques d’effectifs, de lits et d’équipements. Sans renforcement structurel, une nouvelle vague brutale signifierait encore des déprogrammations, des transferts interrégionaux, des équipes épuisées et des pertes de chance pour de nombreux malades.

Voilà pourquoi cette alerte hantavirus ne doit ni être dramatisée ni être balayée d’un revers de main. Le risque pour la population générale reste faible. Mais les formes graves existent. Les chaînes de transmission doivent être interrompues vite. Les soignant·es doivent être protégé·es. Les contacts doivent être suivis. Les capacités de réanimation doivent être renforcées.

Depuis le Covid, les gouvernements ont beaucoup parlé de souveraineté sanitaire, de résilience, de stocks stratégiques et de planification. Mais dans les faits, la logique dominante reste celle de l’hôpital contraint, des lits fermés faute de personnels, des urgences saturées, des soins de ville fragilisés, de la prévention réduite à quelques messages de crise.

La vraie question n’est donc pas de savoir si le virus Andes va devenir « le nouveau Covid ». Très probablement non. La vraie question est plus politique : combien d’alertes faudra-t-il encore pour admettre qu’un pays n’est prêt que lorsqu’il dispose d’un service public de santé capable de prévenir, protéger, soigner et tenir ?


  1. 1COREB, Repérer et prendre en charge un patient suspect d’infection à virus Andes. https://www.coreb.infectiologie.com/UserFiles/File/procedures/20260508-fiche-coreb-hantavirus.pdf

Publié par L’APRÈS le 13 mai 2026
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