Dès 2022, une coalition anti-lgbt manifeste massivement à Dakar et de nouveau en 2026, associant homosexualité et pédocriminalité. La mobilisation est portée par le collectif And Sam Jikko, en partie animé par les fondamentalistes religieux (Préservons nos valeurs), dont les objectifs sont « l’arrêt de l’agenda lgbt au Senegal et la criminalisation de l’homosexualité ». En février 2026, 22 hommes sont arrêtés pour « actes contre-nature », leurs arrestations étant parfois diffusées sur les réseaux sociaux. Le 25 février 2026, le Premier ministre Ousmane Sonko présente un projet de loi pour allonger les peines et augmenter les amendes pour « acte contre nature », qui est adoptée par 138 voix pour sur 165, avec 3 abstentions et aucune opposition.
L’arrivée au pouvoir à Dakar de Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko appuyés sur leur projet de panafricanisme de gauche avait suscité un immense espoir pour quiconque se réclame de la gauche progressiste et anti-impérialiste en Afrique et aussi en Europe. La promesse d'une rupture économique, la réappropriation des ressources nationales et la fin des réseaux corrompus de la Françafrique sont des combats légitimes que L’APRES soutient sans réserve.
La gauche perdrait sa boussole morale en acceptant de fermer les yeux sur la persécution d’une minorité au nom de ses affinités politiques, en adoptant une position campiste. Le durcissement dramatique de la violence homophobe au Sénégal exige de notre part une clarté absolue, loin des prudences diplomatiques.
On ne peut pas transiger avec les droits humains fondamentaux. Le saut législatif opéré par la loi qui est venue modifier l'article 319 du Code pénal sénégalais en portant les peines d'emprisonnement de 5 à 10 ans de prison, marque un point de non-retour. En étendant la répression à l’apologie et au soutien associatif, le pouvoir organise une véritable traque juridique qui légitime et alimente les agressions physiques dans la rue. L’argument du Premier ministre sénégalais, qualifiant l’homosexualité de « poison culturel occidental », s’inscrit dans un relativisme culturel et fondamentaliste, étranger aux valeurs progressistes de la gauche.
L'orientation sexuelle n'est pas un choix, encore moins une importation coloniale. (Voir l’existence au Senegal, des Goor-Jigen). Utiliser la rhétorique anti-impérialiste pour justifier des lynchages et une législation liberticide est un contresens historique. Des homosexuel·les ou perçu·es comme tel·les, sont chassé·es, dénoncé·es dans un climat de chasse aux sorcières. Des personnes vivant avec le VIH, y compris hétérosexuelles n’osent plus se rendre dans les centres de soins pour se faire soigner.
Face à cette tragédie, une partie de la gauche française s'en est tenue à la formule de « la franchise entre amis », tentant de dissocier le souverainisme d'État des dérives discriminatoires. Cette posture adoptée par Jean-Luc Mélenchon pour ménager ses alliés sénégalais du PASTEF est une impasse.
Sur le continent africain comme en Europe, la résistance s’organise courageusement. Des structures locales informelles au Sénégal et des réseaux ouest-africains de santé communautaire réagissent pour documenter les violences et offrir des refuges clandestins à ceux qui ont tout perdu.
Il n’y a pas de libération nationale et sociale authentique, si elle s’accompagne de la mise au ban, de la délation et de l'incarcération des personnes LGBTQI+, le progrès social ne se découpe pas en tranches. Être solidaires du peuple sénégalais, c'est soutenir son droit à la souveraineté économique, mais c'est aussi être aux côtés de ses minorités persécutées.
C’est pourquoi L’APRÈS s'associe pleinement aux alertes urgentes lancées en France par SOS Homophobie.
Nous demandons solennellement à l’État français et au Ministère des Affaires étrangères la mise en place immédiate d'un dispositif d'urgence pour la délivrance de visas de protection humanitaire, ainsi que la facilitation absolue du droit d'asile pour les citoyen·nes homosexualisé·s sénégalais·es dont la vie est directement menacée. Notre universalisme n'est pas une ingérence, c’est un devoir de solidarité internationale non négociable.